Entre déclarations et contre-déclarations, mesquinerie et fourberie, Ahmad aura su avec la complicité du Maroc, mettre à exécution son plan “machiavélique” au nez et à la barbe de Samuel Eto’o.

Qui ne se souvient pas des propos « rassurants » qu’a prononcés le président de la CAF le 5 octobre dernier, sur le perron du Palais de l’Unité, après une audience à lui accorder par le chef de l’Etat camerounais ? « La CAF n’a pas de plan B, déclarait le Malgache. La CAF n’a jamais réfléchi à un retrait de la CAN 2019 au Cameroun. Ce n’est pas la CAF qui organise, c’est le Cameroun qui accueille cette compétition ». Visiblement, c’était de la poudre aux yeux. La Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019 a été retirée le 30 novembre dernier au pays des Lions Indomptables, à sept mois de la compétition. « Aujourd’hui nous avons pris la décision de retirer la CAN 2019 au Cameroun », a déclaré le président de la Confédération Africaine de Football (CAF) lors d’une conférence de presse. Après plus de dix heures de réunion à huis clos à Accra au Ghana, Ahmad et son Comité Exécutif ont tranché. « Après de nombreux débats et à la suite des inspections menées ces dix-huit derniers mois, la CAF a noté que plusieurs conditions de conformité n’étaient pas remplies (…) et qu’il y avait un manque entre ce qui est nécessaire pour l’organisation d’une CAN et la réalité sur le terrain », a expliqué la CAF dans un communiqué diffusé dans la même soirée.

Une décision préméditée (?)

C’était une décision (presque) prévisible. Surtout pour un pays hôte pénalisé par des retards dans l’avancée des travaux de préparation, alors que le format du tournoi est passé à 24 équipes. Et alors que les autorités camerounaises crient au sabotage, arguant que le pays dispose d’infrastructures prêtes et d’autres en voie de l’être, la CAF sort son « joker » : la sécurité. Le Cameroun connaît en effet un contexte sécuritaire très tendu avec des attaques persistantes des djihadistes de Boko Haram dans le nord du pays, et un conflit entre l’armée et des séparatistes autoproclamés dans les deux régions anglophones. « Toutes les conditions de conformité n’ont pas été respectées », avoue la CAF. Or poursuit l’instance : « un événement de la dimension d’une Coupe d’Afrique des Nations exige une organisation irréprochable ».

Ahmad et le Maroc au cœur des manœuvres

Dans les milieux des sports camerounais, la décision du Comité Exécutif de la CAF ne surprend pas grand monde. Certes le pays champion en titre n’est pas exempt de tout reproche, mais des sources avisées croient savoir que le président de la CAF n’a jamais honnêtement souhaité voir le Cameroun organiser cette compétition. Depuis son arrivée à la tête de l’instance, Ahmad a toujours remis en cause les capacités du pays de Roger Milla. « Même à quatre équipes, le Cameroun n’est pas prêt », disait-il déjà en août 2017, omettant à l’époque que le pays venait d’abriter un an avant la CAN féminine 2016, avec huit équipes, et qui fut d’un succès retentissant. Cette sortie a plongé le pays en émoi, et a même contraint le chef d’Etat camerounais à sortir de sa réserve pour donner des assurances à la CAF, en indiquant que « le Cameroun sera prêt le jour-dit ». Entre déclarations et contre-déclarations, mesquinerie et fourberie, Ahmad aura su mettre à exécution son plan machiavélique au nez et à la barbe de son « ami » Samuel Eto’o. C’est que le Malgache a dit tellement de choses contre le Cameroun, son peuple, ses dirigeants que cela est devenu affligeant. Mais Ahmad avait donné les couleurs de son projet quatre mois après son élection, quand il décidait d’engager une série de réformes en juillet 2017, dont la plus importante était la modification du format de la CAN, de 16 à 24 équipes. Celle-ci s’accompagnait de la délocalisation du tournoi de janvier-février à juin-juillet.

Un changement de règles en plein match, qui ouvrait tout de suite la voie aux rumeurs selon lesquelles la CAN 2019 allait être retirée au Cameroun, au profit du Maroc, le deuxième pays d’Ahmad. Souvent aperçu en public avec le roi marocain, Mohammed VI, des sources disent que la campagne électorale du Malgache pour la présidence de la CAF aurait été en partie financée par ce dernier. Et qu’en retour, il lui aurait promis l’organisation de cette CAN 2019 en guise de remerciement. Et ce sont les médias marocains qui ont été les premiers à ventiler cette information… près de 20 mois avant le coup d’envoi de ce tournoi. Ahmad a commencé par offrir le CHAN (Championnat d’Afrique des Nations) 2018 au Maroc, un bon test pour ce pays, seul candidat africain à l’organisation du Mondial 2026. Ensuite, il y a eu les appels des pays membres de l’Union nord-africaine de football (UNAF) qui demandaient avec insistance le retrait de cette CAN 2019 au Cameroun.

L’Egypte confirme le complot marocain

Pendant ce temps, la Fédération algérienne de football lançait sa propagande en exerçant des pressions sur certains membres du Comité Exécutif de la CAF, lors d’une de ses réunions à Dar Es Salaam en août dernier. Mais la suite n’est pas très claire, notamment pour le calendrier. « Nous allons recruter un cabinet pour lancer un appel d’offres et déterminer un nouveau pays d’accueil pour la CAN 2019, a indiqué Ahmad. La CAF va s’assurer qu’un nouveau pays hôte soit trouvé d’ici au 31 décembre ». Le Maroc, candidat malheureux à l’organisation du Mondial 2026 (attribué au trio Etats-Unis – Mexique – Canada), est régulièrement cité par les médias comme possible postulant. L’Afrique du Sud, seul pays africain à avoir accueilli une Coupe du monde (en 2010) fait également partie des candidats potentiels aux côtés de l’Algérie. L’Egypte a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne postulerait pas. Les autorités égyptiennes confirment en effet le complot fomenté entre le président de la CAF et le Maroc. « L’Egypte ne présentera pas de dossier de candidature et estime qu’il y a un consensus pour que le Maroc accueille la compétition », a déclaré Magdi Abdel Ghani, membre du Conseil d’administration de la Fédération.

Feuilletons improbables

Ce n’est en tout cas pas la première fois qu’une CAN est retirée à son pays organisateur initial. L’Afrique du Sud avait ainsi accueilli et remporté l’édition 1996, initialement prévue au Kenya, après que ce dernier avait dû jeter l’éponge en raison de difficultés financières. L’Afrique du Sud avait aussi organisé l’édition 2013 en remplacement de la Libye, qui avait renoncé deux ans avant le coup d’envoi en raison du conflit armé dans le pays. La CAN 2015 avait, elle, finalement eu lieu en Guinée équatoriale, désignée comme remplaçante providentielle après le retrait de l’organisation au Maroc qui avait refusé d’organiser le tournoi aux dates prévues, réclamant en vain son report du fait de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. La CAF dirigée à l’époque par le Camerounais Issa Hayatou, avait alors exclu le Maroc de cette édition 2015. Depuis, des sources confient que le Maroc a toujours souhaité prendre sa revanche sur le pays de l’ancien patron du football africain. Le retrait de la CAN 2019 au Cameroun ne serait que la parfaite matérialisation de cette vengeance.

 

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