Analyste de sports, l’ancien Team manager des Lions Espoirs, Emmanuel Mbankolo décrypte la récente liste de l’entraineur des Lions en se penchant notamment sur les cas de Toko Ekambi et Jacques Zoua, attendus au pied du mur.

Quelles leçons peut-on tirer de la récente liste des 23 joueurs de Clarence Seedorf ?

Déjà, on peut dire que Seedorf continue d’explorer certaines pites, il continue d’attendre d’être convaincu, il continue de penser qu’il y a encore de la place au sein de son effectif. La preuve c’est qu’il y a des joueurs qui ne sont pas revenus, non pas parce qu’ils ne sont pas performants que les autres. Seedorf est en train de mettre en place un répertoire assez fourni d’au moins 35 joueurs parmi lesquels il cherche son effectif idéal.

Un effectif idéal qui a surtout besoin de joueurs qui marquent des buts. Ce que tardent à faire des joueurs comme Toko Ekambi ou encore Jacques Zoua…

Je ne suis pas surpris par la convocation de ces deux joueurs : ce sont deux joueurs qui font partie de l’épopée de la CAN 2017, ce sont deux joueurs qui en club sont titulaires et qui multiplient de bonnes performances. Seedorf doit se dire qu’ils ont du potentiel et qu’ils ont besoin de plus de temps pour se montrer décisifs en équipe nationale. Si on prend d’abord le cas de Toko Ekambi, il est dans un autre environnement et à un autre positionnement que l’on soit en club ou en sélection nationale. Il y a aussi le système de jeu mis en place par Seedorf. Tel que l’entraineur procède, ce n’est pas assez évident pour Toko Ekambi de se mettre sur orbite. A Villarreal il est un peu comme un électron libre, ce qui lui permet d’avoir assez d’espace et d’opportunité. Or chez les Lions, il est parfois sur les côtés, parfois un peu en retrait avec plus de responsabilités défensives qu’offensives.

Parlant maintenant de Jacques Zoua, il faut d’abord reconnaitre que c’est un baroudeur. Quand on regarde les deux derniers matchs contre le Malawi, on se rend compte que c’est une équipe qui a bien sorti les ballons dans son axe central et qui aura gêné notre attaque. Il fallait donc palier à cela en deuxième mi-temps, or pour se faire, il fallait avoir des joueurs capables de se sacrifier physiquement et de mettre en évidence leur énergie. Et dans notre effectif, l’un des rares si ce n’est le seul joueur qui remplisse ces conditions, c’est Jacques Zoua. C’est un fixateur, c’est celui qui a empêché des sorties de balle de la part de la défense adverse, c’est le seul qui a su se créer des occasions. Parce qu’il faut le dire : pour marquer des buts, il faut se créer des occasions. Or au sein de notre équipe, les autres attaquants ne sont pas parvenus à s’en créer. Tenez, au match aller à Yaoundé, c’est bien Jacques Zoua qui offre la balle du but à Choupo-Moting. Au retour, c’est bien lui qui a créé le danger à deux reprises dans le camp adverse. C’est dire que le Cameroun a besoin de ce type de joueur. Certes il n’a pas encore marqué, mais avec plus de confiance et un discours positif de l’entraineur, ça viendra. Les équipes ont besoin de ce genre de joueur. On a tous vu l’importance de Ndip Tambe à la CAN 2017. On a tous vu Olivier Giroud avec la France au Mondial 2018. Ils n’ont pas marqué, mais ils ont mis des défenses en difficulté de part leur présence physique.

Vous voulez dire que la convocation de Jacques Zoua est justifiée ?

Effectivement qu’elle est justifiée. Le contraire m’aurait surpris. Et puis il faut savoir quelles sont les consignes reçues par les joueurs et dans quelles mesures ils les ont respectées. Moi je pense qu’en regardant les matchs de Zoua avec un œil d’expert et non de fan qui n’attend que le but, on l’a vu des fois décrocher comme un milieu défensif pour empêcher une évolution du ballon. Alors que sur le plan offensif, on s’est bien rendu compte de ce qu’il a pesé sur l’axe central adverse, et de changer régulièrement avec Toko Ekambi. Tout cela demande énormément. On peut se demander : lorsqu’on a mis autant d’énergie à défendre, à dézoner, à attaquer, est-il possible d’avoir encore 100% de réussite dans le dernier geste ? Pour comprendre que ce n’est pas toujours aisé d’être très lucide sur certains ballons à partir de ce moment. Des erreurs peuvent arriver, même aux plus grands. Jacques Zoua est un professionnel, je pense qu’il a fait son introspection et qu’il sait ce qu’il doit faire pour être plus lucide dans le dernier geste. Et là, ça va être un autre joueur ; parce que sur le plan mental, c’était bien que le coach lui permette de revenir.

Les derniers articles

Write a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *